Les Vénus du Titien : La Peinture à mains… nues

Le Titien : Marie Madeleine
Le Titien : Marie Madeleine
Mais Titien respectait tout autant… l'amour et la beauté de la femme, ces œuvres profanes dont "Venus au miroir", montrent une autre face du talent du Titien, un peintre qui savait aussi bien rendre la peau nue des femmes que les drapés plus sages des saints.

Le Marquis de Sade et la Vénus du Titien

Le Marquis de Sade ne s'y trompe pas :

La Vénus du Titien est une belle blonde, les plus beaux yeux qu'on puisse voir, les traits un peu trop prononcés pour une blonde, dont il semble que la main de la nature doive adoucir les charmes comme le caractère.

On la voit sur un matelas blanc, éparpillant des fleurs d'une main, cachant sa jolie petite motte de l'autre.

Paul Valéry et André Malraux : Frémissements et Sensualité

Le Titien : Venus au Miroir
Le Titien : Venus au Miroir
Paul Valéry de compléter cette sensualité des toiles du Titien par ces mots : On sent bien que pour le Titien, quand il dispose une Vénus de la chair la plus pure, mollement assemblée sur la pourpre dans la plénitude de sa perfection de déesse et de chose peinte, peindre fut caresser, joindre deux voluptés dans un acte sublime, où la possession de soi-même et de ses moyens, la possession de la belle par tous les sens se fondent.

André Malraux complète : Le frémissement ambré qui dispense à ses Vénus le don du bonheur...

En somme, un raccourci pictural de la Venise officielle et de… l'officieuse, la Venise des multiples institutions religieuses côtoyant l'amour profane et les fameuses courtisanes de Venise. Titien montre admirablement bien cette dichotomie vénitienne dans son superbe tableau "L'amour sacré et l'amour profane"

Le Titien : Venus au Miroir
Le Titien : Venus au Miroir, détail

Le poète Marc Alyn

Marc Alyn dans son beau livre Le Piéton de Venise : Titien est le peintre du plaisir par excellence. La nudité, chez lui, s'embrase d'une clarté qui semble surgir de la rencontre entre l'oeil et la peau, comme une allumette frottée sur un grattoir.

Les guirlandes de chair offertes se multiplient, soupirantes, dans Diane et Actéon ou Diane et Callisto ; sous le prétexte mythologique, on retrouve aisément les beautés peu farouches lutinées par Titien chez son ami l'Arétin.

Plus représentative, peut-être, d'un érotisme foncièrement vénitien, Vénus et l'amour avec un organiste annonce cette distanciation qui constituera l'essence du plaisir dans la société future de plus en plus fondée sur l'image.

Une figure féminine aux formes épanouies s'abandonne rêveusement aux caresses d'un Cupidon plus porté sur la cuisse que sur l'aile, tandis que le joueur d'orgue se retourne épongeant des prunelles le spectacle jusqu'à l'ultime goutte.

Le Titien : L'Amour Sacré et l'Amour Profane
Le Titien : L'Amour Sacré et l'Amour Profane

La scène donne sur la campagne, comme si la surface peinte était conçue à la façon d'un balcon surplombant un vaste site naturel.
Le Titien : L'Amour Sacré et l'Amour Profane
Détail : L'Amour Sacré
L'aveugle Eros devient ici Eros le voyeur.

C'est par l'oeil que Venise jouit dans le dédale de ses couleurs : fulgurances, luxures transcendantes, et tant de soleils en rut sous ses lourdes paupières.


Le Titien : L'Amour Sacré et l'Amour Profane
Détail : L'Amour Profane
Elle séduit et se laisse prendre par le regard, aux marges de l'imaginaire et d'une exploration physique identique à la mort.

Qui la pénètre se fond dans la fraîcheur translucide d'un fruit.


Et la musique accompagne sournoisement chaque caresse ; l'organiste est le créateur d'orgasmes, l'instrument de la Révélation.

A Venise seulement, nous pouvons aspirer devenir Dieu.

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