La Regata Storica vue par Jules Lecomte en 1844 (suite)

La Caorlina du Sestiere de San Polo arrivée 6ème
à la Regata 2007
L'étendue des courses était d'environ trois milles, ou une lieue, commençant à l'extrémité orientale de la ville, près du jardin public actuel. Elle se prolongeait tout le long de la Riva, du grand canal, et tournant un poteau ou paletto, planté dans l'eau à Cannaregio ; elle revenait par le même grand canal jusqu'au palais Foscari, où les premiers arrivés gagnaient les prix dans l'ordre de leur vélocité.
Ces prix se distribuaient par les mains des autorités, sur une estrade élégamment construite entre les Palais Balbi et Foscari.
Les récompenses consistaient eu bourses contenant diverses sommes, pendues à des bannières de soie.

Le Bateau de l'école Vogaepara - Saluti ! dit le panneau
La seconde de ces bannières était bleue, la troisième verte et la dernière jaune.
C'était avec ce dernier prix qu'était remis, au lieu d'une bourse, le petit porc dont il a été parlé ailleurs, et duquel l'image était brodée sur la bannière.
L'annonce d'une Regata fit toujours une grande sensation à Venise.
Les partis se préparaient à cette joute par des exercices de rames, qui formaient comme les répétitions du spectacle promis.
Les patrons de maison, les patriciens affranchissaient de tout service ceux de leurs gens qui devaient y prendre part.

Cortège historique à la Regata Storica de Venise 2007
La veille du jour solennel, le jouteur recevait les encouragements de tous ses amis.
On lui montrait avec orgueil les portraits et les bannières des vainqueurs de son parti, et la nuit se passait presqu'en libations accompagnées de vœux fervents pour le succès de celui qu'on abandonnait ensuite seul à sa veillée des armes, comme autrefois l'on faisait des écuyers qui devaient chausser l'éperon de chevalier.

Régate historique, membre de
l'association Venezia et Venice, comme
si on y était encore !
Au lieu de départ, un cordage barrait le passage à tous ces impatients jouteurs.
Au coup de canon d'usage, la corde tombait, et chaque gondole s'élançait sur la lagune, comme ces coursiers trop longtemps retenus au poteau de l’hippodrome.
Partout, sur leur passage, le peuple battait des mains ; les femmes agitaient leurs écharpes, des acclamations les saluaient comme des stimulants.

Passage du Bucintoro en... 1640 ?
Mais comme toute victoire entraîne une défaite, tout vainqueur supposait un vaincu... Ceux-ci, pendant que leurs heureux rivaux étaient acclamés, essayaient de s'échapper du théâtre de leur défaite, en se faufilant par les petits canaux voisins.
Ce qui n'empêchait pas les huées et les sifflets de la multitude de les poursuivre jusqu'à ce qu'ils eussent disparu...
Lorsqu'en 1674, Henri III vint à Venise, il lui fut offert une splendide Regata, dont il voulut fournir les prix, ce qu'il fit avec une munificence toute royale.
L'ex-roi de Pologne, et futur roi de France, assista à la fête, des fenêtres de l'appartement qu'il occupait au palais Foscari, dans la plus belle situation du grand canal. »
Jules Lecomte - Venise 1844
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